Et si on décryptait !

Qui aurait pu prédire ?

© Dikaseva@Unsplash

Lors de ses vœux télévisés du 31 décembre 2022, Emmanuel Macron a prononcé la phrase suivante : « Qui aurait pu prédire […] la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été dans notre pays ? ».

Le président de la République faisait alors référence à la canicule qui avait touché la France pendant 14 jours en juillet 2022 (du 12 au 26 juillet), ce qui la classait au cinquième rang des vagues de chaleur les plus longues enregistrées sur le territoire national. Des températures supérieures à 40 °C avaient été atteintes un peu partout dans le pays (par exemple, 42,6 °C à Biscarosse le 18 juillet et 40.4 °C à Dieppe le 19 juillet) et une surface record de 66 000 hectares était partie en fumée, notamment en Gironde.

Depuis cette époque, l’expression « Qui aurait pu prédire ? » est régulièrement reprise sur un registre ironique pour critiquer l’inaction politique sur un sujet malgré les signaux d’alertes donnés.

Est-ce mérité ?

Pour répondre à cette question, il n’y a rien de tel que réaliser une petite revue non exhaustive de l’évolution historique des connaissances concernant le changement climatique. C’est l’exercice que je vous propose aujourd’hui.

Tout d’abord, je vous renvoie à une de mes chroniques précédentes. J’y évoquais que, dès la fin du dix-neuvième siècle, il était parfaitement compris que l’accroissement de la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère conduirait à un réchauffement climatique.

Enjambons maintenant quelques décennies.

Première alerte au cœur des sixties

Nous sommes en novembre 1965. Lyndon B. Johnson est président des États-Unis et il reçoit un rapport de son comité scientifique1, intitulé « Restoring the quality of our environment ». Ce document contient une annexe consacrée au gaz carbonique et au climat, alertant officiellement pour la première fois un chef d’État sur le réchauffement climatique d’origine humaine.

Le texte pointe la responsabilité directe de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz naturel, estimant à 6 milliards de tonnes les rejets annuels de CO2 dans l’atmosphère et prévoit une augmentation d’environ 25 % du CO2 atmosphérique d’ici l’an 2000.

Le rapport met en garde le président américain contre des bouleversements environnementaux à l’échelle planétaire : fonte des glaces, hausse du niveau et acidification des océans, altération de l’équilibre thermique de la planète entrainant une modification profonde du climat.

Naissance de la climatologie moderne

Un petit saut de puce nous mène jusqu’en 1971. Une conférence scientifique internationale sur le climat se tient à Stockholm, en Suède, du 28 juin au 16 juillet. Son titre : Study of Man’s Impact on Climate (SMIC) que l’on peut aisément traduire en français par « Étude de l’impact de l’homme sur le climat ». On ne peut pas être plus clair.

Le rapport SMIC jette les bases de la climatologie moderne et établit de manière formelle que la combustion d’énergies fossiles augmente le gaz carbonique atmosphérique, ce qui réchauffe la surface de la Terre.

Toujours dans les années 70, nous arrivons en 1979. C’est l’année de la première Conférence mondiale sur le climat, du 12 au 23 février à Genève, en Suisse.

Organisée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), elle réunit 350 experts de 53 pays pour analyser l’impact des activités humaines sur l’atmosphère terrestre. Sa principale conclusion : l’effet de serre lié aux émissions de gaz carbonique d’origine anthropique va entraîner une hausse des températures mondiales.

Création du GIEC

Je vous fais grâce de quelques étapes pour atterrir en 1988. Une année très importante pour la climatologie !

Nous sommes en juin et une canicule intense agrémentée d’une sécheresse historique frappe les États-Unis. C’est le moment que choisit James Hansen, le directeur de l’Institut Goddard des études spatiales de la NASA pour intervenir devant le Sénat américain.

Lors de son audition du 23 juin, il déclare que les températures anormalement élevées, la sécheresse qui dure, tout cela ne relève pas de la variabilité naturelle du climat mais des activités humaines. Et qu’avec le temps, cette tendance va immanquablement s’accentuer. Jim Hansen ajoute qu’il est sûr de lui « à 99 % ».

C’est le premier scientifique qui affirme haut et fort que la combustion des ressources fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel) a déjà une influence délétère sur le climat et que cela ne risque pas de s’arranger si on continue dans cette voie.

Ah, merde, quand même ! Là, il faut faire quelque chose.

Alors, le 6 novembre 1988, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) crée le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et lui donne comme mission de fournir aux gouvernements des bases scientifiques claires sur le changement climatique et ses risques. Je reparlerai du GIEC un peu plus loin.

Conférences, rapports, alertes, ça n’arrête plus

Une autre étape clé sur laquelle je me dois d’insister un peu car sa conclusion est importante : du 3 au 14 juin 1992, se tient une conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (CNUED), à Rio de Janeiro, au Brésil. Cet évènement, mieux connu sous le nom de sommet de Rio, réunit les chefs d’État et de gouvernements du monde entier.

Et c’est à cette occasion qu’est reconnue officiellement, au plus haut niveau politique, la responsabilité humaine dans la dégradation de l’environnement et le changement climatique.

On arrive ensuite à l’organisation des COP (Conférences des Parties) dont vous avez tous forcément entendu parler. Il s’agit de sommets mondiaux tenus annuellement depuis 1995 (sauf en 2020, l’année de la COVID-19) qui réunissent près de 200 pays (les « Parties ») signataires de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique entérinée à Rio en 1992.

Leur but est de négocier des accords pour réduire les gaz à effet de serre et limiter le réchauffement de la planète. Ces COP sont très décriées à juste titre pour leur manque de résultats concrets.

Pour les puristes, deux COP peuvent, cependant, être gardées en mémoire :

  • 1997 (COP3) : Adoption du Protocole de Kyoto, qui impose des limites d’émission de gaz à effet de serre aux pays riches ;
  • 2015 (COP21) : Signature de l’Accord de Paris, où l’ensemble des pays se sont engagés à contenir le réchauffement global bien en dessous de 2 °C, et si possible à 1,5 °C.

Comme promis, un dernier mot sur le GIEC. Les scientifiques qui le composent publient régulièrement des rapports, et ce depuis bientôt 40 ans.

Conclusions récurrentes de ces documents, depuis le premier édité en 1990 : le changement climatique en cours provoque une augmentation rapide des aléas qui l’accompagnent (canicules, sécheresses, incendies, pluies intenses, crues, ouragans d’intensité supérieures, etc.) et la fenêtre de tir pour assurer un avenir vivable et durable se réduit très rapidement.

Précis et factuel !

Voilà, chère lectrice ou cher lecteur, vous avez désormais tous les éléments pour juger de la pertinence ou du manque de pertinence de la fameuse question posée par Emmanuel Macron, le 31 décembre 2022.

Je vous laisse tirer vos propres conclusions.

  1. le President’s Science Advisory Committee (PSAC) ↩︎
Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !
Facebook
X
WhatsApp
Email

Connexion

Accès strictement réservé aux personnes autorisées. Toute tentative d’accès frauduleuse est passible de poursuites judiciaires.

Recevez chaque mois les infos des Écocitoyens des Sources du Lac

Nous espérons que vous avez apprécié la visite de notre site.

En laissant vos coordonnées, vous pourrez recevoir chaque mois dans votre boîte aux lettres, l’Infolettre des Écocitoyens.