L’été 2026 sera bientôt achevé et nous avons tous constaté qu’il a été sacrément chaud. Que nous soyons restés dans notre coin de Haute-Savoie ou ayons pris des vacances dans d’autres régions, nous n’avons pu échapper aux vagues de chaleur qui se sont succédées dans l’ensemble du pays.
Dans ces conditions, difficile également de couper aux conversations portant sur la météo. Un jour ou l’autre, nous y avons tous été confrontés. Imaginons la scène.
Une table à l’ombre, des boissons fraiches et un certain nombre de convives assis dans des sièges confortables. Cela peut être en famille, entre amis ou avec de vagues connaissances voire des inconnus. Aucune importance. Donc la discussion est en train de s’étioler et, puis, soudain, quelqu’un dit qu’il fait quand même très chaud en s’épongeant le front. C’est parti.
Dans le groupe, chacun y va de son avis sur cette chaleur abominable. En général, le changement climatique est évoqué assez vite et un certain consensus se dégage autour de cette explication. Mais, assez souvent aussi, un des interlocuteurs prend le contrepied de l’opinion dominante et lâche un commentaire dissonant du genre : « Oui, enfin, c’est l’été ! Normal qu’il fasse chaud ! » ou « Il a toujours fait chaud ! » ou encore « Ce n’est pas la première vague de chaleur de notre vie ! » Et de citer en plus la canicule de 1976 ou de 2003 comme preuve irréfutable d’étés particulièrement chauds dans le passé.
À titre personnel, j’ai même entendu, dans une telle situation, un de ces gars évoquer l’optimum climatique médiéval comme justification ultime de son « Il a toujours fait chaud ! »
Eh bien, regardons ces arguments de plus près. Tiennent-ils face à une analyse un peu approfondie ?
Le fameux optimum climatique médiéval
Commençons par nous plonger dans les siècles passés. Sans trop de difficulté, on trouve effectivement la trace d’un réchauffement climatique relatif qui a touché l’Europe et les régions de l’Atlantique Nord entre le 10ème et le 14ème siècle (950 à 1300 après J.-C.).
Dans ces régions, les étés ont été progressivement plus secs et plus chauds, offrant des conditions clémentes par rapport aux siècles précédents et suivants. Cela a permis un essor de l’agriculture avec une extension des zones cultivables et de bonnes récoltes. Dans ces conditions, la population européenne a réussi à doubler sur la période, passant d’environ 30 à 60 millions d’habitants.
Le recul des glaces a même permis aux Vikings de naviguer plus facilement, de coloniser l’Islande et de s’implanter un temps au Groenland. Enfin pas partout au Groenland puisque ce dernier était pour l’essentiel toujours recouvert de la couche de glace épaisse de plus de deux kilomètres qui y existe depuis des centaines de millénaires. La réalité a été plus prosaïque : seules quelques vallées abritées des fjords du sud-ouest du Groenland qui présentaient des prairies assez vertes en été ont été utilisées pour y faire paître du bétail à petite échelle.
À quoi était dû cet optimum climatique médiéval ?
À des facteurs purement naturels, principalement des variations de l’activité solaire, une faible activité volcanique et des modifications de la circulation océanique (comme l’oscillation nord-atlantique).
Quand ces conditions n’ont plus été réunies, la météo a évidemment été moins favorable. D’ailleurs, cette anomalie climatique réjouissante a été suivie par une autre qui l’était nettement moins pour les humains puisqu’elle a pris le nom de petit âge glaciaire.
Cette période plus chaude peut-elle être comparée au changement climatique actuel ? Eh bien, absolument pas, et ceci pour au moins deux raisons :
- elle a été purement régionale (une partie de l’hémisphère nord), sans impacts particuliers ailleurs sur la planète ;
- La hausse des températures qui l’a caractérisée est restée relativement limitée. On admet que ses étés les plus chauds ont été assez comparables à ceux des années de la fin du 20ème siècles (années 1990), soit nettement moins chauds que ceux que nous rencontrons aujourd’hui.
Exit donc l’optimum climatique médiéval pour justifier l’affirmation « Il a toujours fait chaud ! »
Retour vers le futur
Après cette escapade moyenâgeuse, revenons à la période actuelle. Comme souvent, un bon graphique vaut mieux que mille discours.
Je vous propose celui qui suit. Il a été dressé par Météo-France et compare, année après année, entre 1900 et 2025, les températures moyennes enregistrées en France au cours des mois d’étés par rapport aux normales climatiques de la période 1991-2020.
Sa lecture est assez évidente : les bâtons bleus correspondent à des étés plus froids que la référence alors que les bâtons rouges sont révélateurs au contraire d’étés plus chauds que cette même référence.

Il est facile de constater que :
- les étés plus chauds que la référence ont été rares sur les 125 années concernées ;
- Ils sont largement concentrés au cours des dernières années que nous venons de vivre.
Donc oui, en moyenne, nous sommes bel et bien confrontés à des étés de plus en plus chauds. À cet égard, l’été 2026 qui n’est pas encore comptabilisé dans le graphique de Météo-France s’impose d’ailleurs comme l’été le plus chaud jamais enregistré depuis 1900 avec une température moyenne de 24,0 °C (+3,6 °C), devant les étés 2003 (23.1 °C, +2,7 °C) et 2022 (22,7 °C, +2,3 °C).
Et les vagues de chaleur ?
Tout d’abord, entendons-nous sur la signification d’une vague de chaleur. Deux critères permettent de la définir :
- La température moyenne mesurée à l’échelle du pays (sur 30 stations météorologiques réparties de manière équilibrée en France) doit être supérieure ou égale à 25,3 °C pendant 1 jour ;
- Cette même température moyenne doit aussi être supérieure ou égale à 23,4 °C pendant au moins 3 jours.
Ceci étant posé, il est intéressant de s’attarder sur le diagramme suivant toujours fourni par Météo-France. Il répertorie l’ensemble des vagues de chaleur depuis 2047, y compris celles de 2026.

Que constate-t-on ?
Météo-France a recensé 54 vagues de chaleur en France depuis 1947, avec deux tiers d’entre elles qui se sont produites depuis le début du 21e siècle :
- environ la moitié des vagues de chaleur avant 2010 (donc en 60 ans) ;
- plus de la moitié des vagues de chaleur après 2010 (donc en seulement 16 ans).
Et nous venons de vivre un évènement historique en 2026 puisque l’été qui s’achève a vu trois vagues de chaleur estivales se succéder :
- la première, particulièrement intense, a débuté le 17 juin et s’est terminée le 30 juin ;
- la seconde a duré du 4 au 19 juillet ;
- la troisième a débuté le 28 juillet et s’est terminée le 19 août 2026. D’une durée de 23 jours, elle égale ainsi la plus longue vague de chaleur jamais enregistrée, celle de juillet 1983, tout en affichant une intensité nettement supérieure.
Cette situation totalement inédite a aussi correspondu à des températures proprement hallucinantes, comme en témoigne le diagramme suivant toujours réalisé par Météo-France.
Ainsi, la température de 40 °C a été franchie 178 fois au cours de l’été 2026 sur le territoire de la France hexagonale !

Et même l’été 2003, qui est pourtant gravé dans nos mémoires, apparaît presque comme une période estivale relativement fraîche par rapport à celle que nous venons de vivre !
Et ne parlons même pas de 1976, été pourtant réputé chaud, mais où aucune température égale ou supérieure à 40 °C n’a jamais été atteinte !
Voilà, chère lectrice ou cher lecteur, ce que je voulais vous dire dans cette nouvelle chronique de Et si on décryptait ! J’espère vous avoir convaincu(e) que rien ne tient la route dans l’affirmation : « Il a toujours fait chaud ! »