Depuis les dernières élections municipales, deux membres des Écocitoyens font partie du conseil municipal. Nous avons décidé de profiter de la pause estivale pour leur demander de nous livrer leurs sentiments et leurs observations sur leurs premiers mois de mandat. Interview.
Vous êtes entrés au conseil municipal il y a quelques mois, comment avez-vous vécu ces premiers temps de mandat ?
Brigitte Verger : Pour moi, ces premiers mois ont été une découverte progressive, au fil des réunions, mais aussi des formations que j’ai souhaité suivre pour mieux comprendre mon rôle. Nous avons été très vite plongés dans le bain. Mais il me manque encore des lignes directrices, des axes de travail communs, afin de pouvoir me sentir pleinement à l’aise dans mes responsabilités.
J’ai le sentiment qu’il n’y a pas eu réellement d’accueil des nouveaux élus dans une logique de travail collectif. Du coup, il faut aller chercher les informations, comprendre par soi-même où l’on peut être utile. Cela demande un effort important. Il est difficile de prendre ses marques et de trouver immédiatement sa place.
Étienne Ragot : Le premier sentiment a été une forme de tristesse, parfois même de découragement. Il y avait eu toute la dynamique de la campagne, avec Doussard Collectif, une énergie collective forte, et tout cela s’est interrompu d’un coup. Aujourd’hui, la dynamique est d’une nature complètement différente. Heureusement que nous fonctionnons en binôme avec Brigitte : nous préparons les sujets ensemble, nous échangeons, cela nous aide beaucoup.
Mais il y a malgré tout un sentiment de vide. Dans les commissions communales ou intercommunales, il manque souvent une vision d’ensemble, des orientations. Ainsi, l’absence d’accueil des nouveaux élus et l’absence de vision collective pèsent particulièrement. Cela traduit aussi, à mon sens, un manque de conscience de l’importance d’intégrer chacun dans le travail commun.
Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans le fonctionnement du conseil municipal ?
BV : Sur le plan humain, l’ambiance est plutôt cordiale. Les relations interpersonnelles sont agréables. Mais ce qui me frappe, c’est une certaine opacité. J’ai parfois du mal à décrypter les choses, à comprendre comment les décisions se construisent, où se trouvent les espaces de discussion, comment les élus peuvent réellement s’approprier les sujets. Nous participons à toutes les commissions possibles, et pourtant nous avons parfois du mal à être suffisamment informés pour bien appréhender les enjeux de la commune.
Je me demande comment des élus qui ne participent qu’à une seule commission peuvent disposer d’une vision d’ensemble. Pour autant, en tant qu’élus, nous accédons à des informations que nous n’avions pas comme simples habitants, et c’est intéressant. Cela permet de mieux comprendre certains dossiers.
ER : En conseil municipal, il y a très peu de débats. Ce n’est pas totalement une découverte car nous savions que beaucoup de choses se jouent en commissions, mais l’instance du conseil elle-même reste très pauvre en échanges. La plupart des délibérations sont présentées par Madame le Maire. Les adjoints prennent assez peu la parole et cela donne le sentiment que les dossiers sont préparés de manière très centralisée. Il y a sans doute un travail administratif important en amont, mais il ne semble pas toujours partagé avec l’ensemble des élus.
En revanche, il existe une belle écoute dans certaines commissions, notamment dans la commission Vie Associative. Du reste, il est indéniable que les commissions permettent de découvrir des dossiers intéressants. Par exemple, en commission mobilité de la CCSLA, j’ai appris qu’un travail était engagé depuis deux ans sur un schéma directeur cyclable. Ce sont des informations importantes pour comprendre les projets en cours.
Aviez-vous une idée précise du rôle d’élu municipal ? Cette perception a-t-elle évolué ?
BV : Je n’avais pas une idée très précise du fonctionnement d’un conseil municipal, mais j’avais une envie forte de remplir l’engagement que j’avais accepté. Aujourd’hui, je me sens encore assez mal à l’aise, justement parce que les cadres de travail ne sont pas toujours clairs. Cela freine l’action.
Si des lignes directrices étaient posées, si le travail collectif était mieux organisé, je pourrais davantage me sentir membre d’une équipe. J’ai néanmoins bon espoir que cela s’améliore. Je veux croire à notre capacité à mieux faire ensemble.
ER : J’avais déjà été élu auparavant, dans une équipe majoritaire mais aussi dans une minorité. Pour moi, le lien avec les habitants est au cœur du rôle d’élu : rendre compte, expliquer, écouter, permettre l’implication. Cela était un point très important dans la démarche de Doussard Collectif.
Aujourd’hui, ce lien reste trop faible. Notre rôle consiste surtout à préparer des interventions pour les séances du conseil municipal. Il nous faut maintenant trouver des modalités pour être davantage en discussion avec les habitants, peut-être au travers de permanences, de réunions publiques, en tout cas il faut des échanges plus réguliers.
D’ailleurs, certains habitants nous font déjà remonter des informations ou des questions, par exemple sur les conséquences de l’interdiction du survol de la salle polyvalente pendant les travaux, sur des sujets d’urbanisme, ou encore sur d’autres projets. Cela montre qu’il existe un besoin d’écoute et de relais.
Justement, quelle place souhaitez-vous donner aux habitants pendant ce mandat ?
ER : Aujourd’hui, les habitants ne sont pas suffisamment informés, consultés ou associés aux décisions. Au conseil, nous entendons parfois l’idée que consulter les habitants compliquerait le processus décisionnel, ou que cela n’apporterait pas grand-chose. Je pense exactement l’inverse. Par exemple, sur un sujet comme la salle polyvalente, nous pourrions faire beaucoup plus.
D’autres sujets, comme celui de la fermeture de la D909 en fin d’année entre Glières et Balmettes, mériteraient de vraies réunions publiques et une information plus large. Pour nous, l’enjeu est clair : remettre du lien entre les élus et les habitants, créer des espaces d’échange, faire circuler l’information et permettre à chacun de prendre part aux discussions qui concernent l’avenir de la commune.
BV : Je crois également que les habitants ont besoin que l’on soit davantage à l’écoute de leurs questions, de leurs expériences. Plusieurs personnes m’ont déjà sollicitée sur des sujets très concrets : le transport vers les centres de loisirs pendant les vacances, des règles d’urbanisme pour un carport, ou encore des questions liées à des activités locales. Cela montre que les habitants ont besoin d’interlocuteurs et d’informations claires.
Sur quels sujets êtes-vous déjà intervenus, et quels dossiers vous semblent aujourd’hui prioritaires pour Doussard ?
ER : J’ai notamment posé la question à propos de la gestion à venir du service de la nouvelle crèche municipale, dont la construction devrait être portée par l’intercommunalité, ainsi que la préparation de la remise en service de la salle polyvalente. Ce dernier dossier illustre, à mes yeux, un manque d’écoute des besoins des habitants et des associations.
BV : Je suis intervenue sur la formation des élus, pour mieux travailler ensemble, mais aussi sur la manière de travailler entre élus et agents territoriaux. J’ai aussi posé la question du traitement des demandes des habitants : il existe une boîte à idées, mais nous ne savons pas clairement comment elle est suivie ni comment les contributions sont étudiées.
Y a-t-il des dossiers communaux (ou intercommunaux) qui vous semblent aujourd’hui particulièrement importants ou prioritaires pour Doussard ?
ER : Pour moi, les priorités sont nombreuses : le logement (pour permettre aux jeunes de la commune de vivre ici à l’âge adulte, et pour accueillir de nouvelles familles), les transports en commun, la rénovation de l’école en lien avec la nouvelle crèche, les modes de déplacement dans le centre-bourg, la sécurité des piétons et des cyclistes, et plus largement le report modal pour diminuer la dépendance à la voiture individuelle et réduire la pollution liée aux déplacements du quotidien. Le schéma directeur cyclable intercommunal est aussi un sujet important à suivre.
Par ailleurs, en matière d’urbanisme, nous manquons de présentations sur les orientations d’aménagement et le plan guide pour Doussard, ou la future révision du PLUi1 en lien avec le nouveau ScoT2. Ce sont pourtant des sujets majeurs, notamment si la commune doit accueillir près de 2000 nouveaux habitants dans les années à venir, comme cela est prévu.
BV : J’ajouterais la valorisation des déchets, la protection des terres agricoles, mais aussi la gestion de l’eau, des rivières et des nappes phréatiques. Par ailleurs, même s’il est relativement récent, je pense que le DICRIM (document d’information communal sur les risques majeurs) devrait être revu pour tenir compte des contraintes liées au changement climatique.