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Pollution des pneus autour du lac d’Annecy : une alerte à prendre au sérieux ?

© Chinmay Jade@Unsplash

En début d’année, le 12 janvier, France Nature Environnement Haute-Savoie (FNE) a rendu publics les résultats d’analyses réalisées autour du lac d’Annecy dans le cadre d’une enquête d’investigation de France 51. Selon FNE, ces analyses, réalisées par des laboratoires spécialisés en Norvège et en Suisse, ont mis en évidence la présence de particules et d’additifs chimiques issus de l’usure des pneus à plusieurs niveaux : dans l’eau du lac, dans les sédiments, dans l’air, dans les eaux de ruissellement et, à un degré moindre, dans l’eau potable et dans l’urine de volontaires.

Le message porté par FNE est clair : la pollution liée à l’abrasion des pneus constitue une pollution invisible, diffuse, et encore trop peu prise en compte. L’association a notamment rappelé à cette occasion que les pneus, en s’usant, libèrent des microplastiques et des molécules chimiques, et que cette pollution est renforcée par l’importance du trafic routier autour du lac. L’alerte avait été reprise par plusieurs médias locaux et nationaux, notamment Le Dauphiné Libéré, Actu-Environnement ou encore Le Parisien. Pour autant, son écho dans le débat public local est resté relativement limité. Pire, passé le premier temps médiatique, le sujet semble être retombé dans l’oubli.

Il est vrai que, depuis, plusieurs voix scientifiques ont appelé à la prudence dans l’interprétation des résultats. En juin, des chercheurs de l’Observatoire des sciences de l’univers de Grenoble (OSUG), ont estimé que les données issues de l’enquête de France 5 devaient être considérées avec précaution. Selon eux, l’existence d’une pollution liée à l’usure des pneus est bien réelle, mais les prélèvements ponctuels, réalisés sur une période courte, ne permettent pas de conclure à une situation annuelle représentative ni à un danger immédiat pour l’eau du robinet, la baignade ou la consommation de poissons. De son côté, le Comité Intercommunautaire pour l’Assainissement du Lac du Bourget (CISALB), a également souligné le caractère encore exploratoire de ces résultats. Pour son comité scientifique, le sujet mérite des investigations complémentaires, avec des protocoles de mesure reproductibles et un suivi dans le temps.

Et à Annecy ? À la suite de la publication de FNE, François Astorg, alors maire, avait indiqué avoir saisi la Préfecture, le Grand Annecy, le SILA2 et le Conseil départemental afin que les acteurs compétents se coordonnent sur cette pollution émergente. Cette saisine comportait notamment trois demandes : prendre collectivement la mesure de cette pollution, mettre en place un comité de suivi sur le modèle de celui créé pour les PFAS3, et lancer des études complémentaires, y compris sur l’exposition des populations vivant autour du lac. Son successeur, Antoine Armand, saura-t-il mettre en place une communication lisible permettant aux habitants de suivre l’évolution du dossier ? À suivre.

  1. Résultats de l’étude sur la pollution microplastique de l’abrasion des pneus ↩︎
  2. Syndicat Intercommunal du Lac d’Annecy ↩︎
  3. Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont des produits chimiques de synthèse appelés « polluants éternels » en raison de leur extrême persistance dans l’environnement ↩︎
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