La fermeture de la RD909, depuis le 14 septembre, a bousculé les habitudes de déplacement de nombreux habitants des Sources du lac. Certes, la CCSLA a mis en place diverses solutions alternatives pendant cette période (navettes lacustres entre Doussard et Talloires, service de covoiturage facilité, fréquence de bus renforcée). Mais pour nous, Écocitoyens des Sources du Lac, cette situation constitue aussi une occasion d’ouvrir un débat plus large dans l’objectif d’améliorer durablement la mobilité sur notre territoire.
C’est dans cet esprit que nous avons organisé une nouvelle soirée « Débattons-en ! » le 24 septembre autour du thème : « Diminuer notre dépendance à la voiture individuelle ». Environ 35 personnes ont participé à cette réunion publique au cours de laquelle nous avons donné, comme d’habitude, une large place aux échanges en petits groupes, afin que chacun puisse exprimer son ressenti, ses difficultés, mais aussi ses idées.
Les conséquences concrètes de la fermeture des routes sur les déplacements quotidiens
Le premier temps de discussion portait sur les conséquences concrètes de la fermeture de la RD909 et sur les solutions provisoires mises en place. Les retours ont été contrastés. Plusieurs participants ont dit avoir été moins gênés qu’ils ne l’imaginaient, certains constatant même une circulation plus fluide que prévu sur la RD1508. D’autres, notamment des personnes retraitées ou ne se rendant pas régulièrement à Annecy, se sont dites peu impactées.
Mais les difficultés sont bien réelles pour d’autres habitants : temps de trajet allongés, fatigue liée à des départs plus matinaux, annulation ou regroupement de rendez-vous médicaux, report de certains déplacements vers Albertville, difficulté d’accès aux arrêts de bus (pour les personnes en situation de handicap). Un restaurateur de Verthier a également évoqué une baisse importante de chiffre d’affaires, liée à la disparition d’une partie de sa clientèle habituelle.
Les solutions alternatives ont suscité des avis nuancés. Le car direct Doussard-Annecy a été jugé efficace par certains, parfois aussi rapide que la voiture. Mais son usage reste compliqué pour répondre à des contraintes horaires précises. Le covoiturage a été salué, notamment lorsqu’il s’organise entre collègues, mais plusieurs participants ont pointé les limites de BlaBlaCar Daily : difficulté à trouver un aller et un retour, contraintes d’horaires et de points de rendez-vous.
Les solutions plus durables imaginées au-delà des trois mois de fermeture des routes
Le deuxième temps d’échange invitait les participants à se projeter au-delà de la coupure de la route et à émettre des idées visant à améliorer durablement la mobilité sur notre territoire. Là encore, les idées ont été nombreuses : améliorer le réseau de bus, élargir les horaires, créer des voies réservées ou des tronçons en site propre, imaginer une boucle de transport en commun autour du lac, développer les parkings-relais et les navettes gratuites, ou encore étudier de meilleures liaisons entre Albertville et Annecy.
Plusieurs contributions ont insisté sur la nécessité de rendre les transports en commun plus rapides, plus confortables et suffisamment cadencés pour devenir une vraie alternative à la voiture.
Le covoiturage a également été cité comme une piste à structurer davantage, avec l’idée de lignes de covoiturage ou de « stop organisé » fonctionnant avec des arrêts identifiés, sur le modèle d’expériences menées dans d’autres territoires.
Les modes actifs ont aussi été évoqués, avec le développement du vélo électrique, de la location de vélos sur l’ensemble du territoire, mais aussi la nécessité de sécuriser les itinéraires cyclables.
Plus largement, plusieurs groupes ont appelé à penser la mobilité à l’échelle du bassin de vie, au-delà des limites communales ou intercommunales, et à mieux articuler urbanisme, lieux d’habitation, emplois et déplacements.
Interventions de nos invités
Trois intervenants ont ensuite réagi aux échanges.
Hervé Bourne, maire de Lathuile et vice-président de la CCSLA chargé de la mobilité, a rappelé l’importance du dialogue entre habitants, associations et élus, et la nécessité de créer des espaces de coopération.
Karine Lamy, fondatrice du Collectif des usagers vélo de la rive ouest et déléguée haut-savoyarde de l’Association française pour le développement des véloroutes et voies vertes, a insisté sur la concertation avec les habitants, la co-construction avec les associations d’usagers et la sécurisation des pratiques cyclables.
Danièle Derail, présidente de Tram2Savoie, a souligné l’importance de raisonner à l’échelle des bassins de vie pour aboutir à des transports collectifs efficaces et structurants, en évoquant notamment Urbanloop1 comme une solution innovante à étudier.
De cette soirée ressort une conviction : la fermeture de la RD909 est une contrainte, parfois lourde pour certains habitants et professionnels. Mais elle peut aussi devenir un déclencheur. En obligeant chacun à adapter ses déplacements, elle montre que d’autres habitudes sont possibles, à condition que les solutions soient lisibles, coordonnées, accessibles et pensées dans la durée.
Pour les Écocitoyens des Sources du Lac, le sujet des mobilités, des transports en commun et de la « désaccoutumance » à la voiture individuelle mérite donc d’être poursuivi collectivement.
- Voir à ce sujet notre article À la découverte d’Urbanloop, qui relate la visite de plusieurs élus et membres d’associations au siège social de la société Urbanloop ↩︎