Le 21 juillet, la loi d’urgence agricole déjà votée précédemment par le Sénat a été définitivement adoptée par l’Assemblée nationale où 296 députés du centre, de la droite et de l’extrême droite se sont prononcés en sa faveur.
Avec ce vote, les députés et le gouvernement (qui avait le pouvoir d’amender le texte) ont piétiné la démocratie et la mobilisation citoyenne puisque cette loi est dans la droite ligne de la loi Duplomb qui avait donné lieu à une pétition signée par plus de 2 millions de Françaises et Français en début d’année.
Par ailleurs, cette loi rétrograde ne propose aucune mesure pour sécuriser et améliorer les revenus des agriculteurs, ce qui était son objectif initialement affiché. Au contraire, elle ne contient que des mesures réclamées par la FNSEA au bénéfice de l’agro-industrie et notamment :
- la ré-autorisation de deux insecticides de la famille des néonicotinoïdes – l’acétamipride et la flupyradifurone – interdits en France depuis près de 10 ans pour le traitement de certaines productions comme les betteraves à sucre et les noisettes ;
- le recul sur la protection de l’eau et des zones humides et le doublement des stockages d’eau en méga-bassines ;
- l’accroissement des cheptels dans les élevages intensifs.
Avec ce texte, le gouvernement et la représentation nationale ont donc choisi de regarder en arrière et de maintenir coûte que coûte un modèle dépassé, fondé sur les pesticides, l’accaparement de l’eau et la fuite en avant productiviste.
En outre, la loi d’urgence agricole va accroître les risques de santé des Françaises et Français en ignorant complétement les recommandations des scientifiques.
À cet égard, les responsables de 15 sociétés savantes, de 11 associations de patients et d’institutions comme la fondation ARC ou l’ordre des médecins, ont écrit une tribune publiée le 29 juin dans Le Monde dans laquelle ils s’élèvent contre la réintroduction de l’acétamipride et de la flupyradifurone. Ils y résument les données scientifiques concernant ces deux molécules et y évoquent leurs effets potentiels délétères sur le développement du cerveau et le système reproducteur.
Leur conclusion est particulièrement claire : « La protection des générations futures suppose que les décisions publiques puissent être éclairées par les connaissances scientifiques disponibles les plus solides ». Ajoutons que depuis une dizaine d’années, l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) exprime les plus grands doutes sur l’acétamipride qui est « susceptible de provoquer le cancer ».
Nos élus nationaux qui ont voté cette loi n’ont manifestement pas pris la peine de lire la tribune du Monde, ni les études scientifiques qui y sont citées, ni les avis de l’EFSA.
Un dernier mot sur le rôle moteur du Sénat dans l’élaboration de ce texte scélérat.
Ce sont les amendements de sénateurs dont l’ineffable Laurent Duplomb qui ont imposé la plupart des mesures les plus controversées de la loi d’urgence agricole. Or, le 27 septembre, la moitié des sièges de cette assemblée sera renouvelée. C’est une occasion formidable de porter au palais du Luxembourg de nouveaux sénateurs qui ne soient pas les petites mains des lobbys mais soient au service du bien commun et de la population.
Nous espérons que les grands électeurs de notre territoire auront cette préoccupation en tête au moment d’exprimer leur vote.